Noirmoutier dans la révolution


L’année 2014 approche. Elle va être marquée par des anniversaires et commémorations. Il y aura en particulier le centenaire du début de la Grande Guerre de 1914.

Cette page veut préparer l’anniversaire Janvier 1794 – Janvier 2014 : 220 ans.

Il s’agit des événements qui se sont passés dans l’église St-Philbert de NOIRMOUTIER.

Cette page situe d’abord l’année 1793.

LA(LES) GUERRE(S) DE VENDEE(S) : 1793

LES CAUSES

Un peu comme ailleurs, la Révolution de 1789 a été accueillie favorablement dans le Bas-Poitou (future Vendée), avec un espoir de réformes et de liberté. Les Cahiers de Doléances ont été rédigés. Les élections ont eu lieu pour les Etats-Généraux, les Assemblées. La vente des biens nationaux (souvent biens d’Eglise) a eu lieu sans problème particulier. Il y avait un souhait de diminution des taxes et impôts : la gabelle, par exemple.

Tout s’est compliqué avec la Constitution Civile du Clergé en 1790 et le serment demandé aux curés qui devenaient fonctionnaires de l’Etat. Il y a eu hésitation : certains ont refusés (les réfractaires) ; d’autres ont prêté le serment (les jureurs), sous réserve de l’avis du Pape qui a tardé, ils se sont ensuite rétractés. Ils ont alors été arrêtés et exilés.

Après la mort du roi en janvier 1793, c’est la « levée en masse » qui va être l’étincelle du soulèvement. Les jeunes hommes sont rassemblés au chef-lieu de canton pour le tirage au sort : sur les 300 000 hommes convoqués, le département de la Vendée devait en fournir 5000. Les troubles éclatent au printemps 1793.

LE DEROULEMENT

L’insurrection s’étend sur des territoires de 4 départements qui vont devenir la « Vendée Militaire » : Vendée, Deux-Sèvres, Maine-et-Loire et Loire-Inférieure (actuelle Loire-Atlantique). Les rebelles, les « brigands », les « Blancs » (à cause du Roi) sont des gens du peuple (paysans, artisans) dans un pays de bourgs et de villages, de Bocage et de chemins creux. Ils sont opposés aux forces armées de la République : les patriotes, les Républicains, les « Bleus » (couleur des uniformes). Du printemps à l’été 1793, le soulèvement prend de l’ampleur avec la prise de villes (Chemillé, Beaupréau, Thouars, Fontenay, Saumur, Angers) et des victoires comme Torfou. Mais il échoue devant Luçon, Nantes et surtout Cholet, à l’automne.

Cette défaite, les blessures et la mort des chefs réquisitionnés (Cathelineau, Bonchamps, Lescure, d’Elbée) entraîne une fuite en avant avec le passage de la Loire à ST FLORENT-LE-VIEIL et la « Virée de Galerne » jusqu’à l’échec devant GRANVILLE et le retour par LE MANS. Cette « Grande Guerre » se termine par un écrasement dans les marais de SAVENAY à Noël 1793.

En 1794, douze colonnes armées parcourent le pays révolté en pratiquant la politique de la terre brûlée pour une destruction systématique : incendies, destructions, tueries : ce sont les « colonnes infernales » de TURREAU, CORDELIER, GRIGNON. Cette répression féroce entraîne la reprise désespérée d’un combat de harcèlement et de guérilla dans un environnement géographique favorable à ce type d’opérations. Il y a encore des soubresauts : traité de paix de La Jaunaie début 1795, reprise des hostilités et débarquement de Quiberon à l’été 1795.

Durant toute cette période, la violence est extrême. Les guerres civiles sont souvent impitoyables. On parle d’ensauvagement. Dans les deux camps, il y a des atrocités et des gestes magnanimes : des exécutions en masse, des libérations collectives.

LA POSTERITE

Dans cette région dévastée, épuisée, décimée (les morts se comptent par dizaines de milliers), il faut attendre le Consulat de BONAPARTE pour que la pacification s’installe. Le Concordat avec l’Eglise en 1801, la reprise du culte et le retour des prêtres exilés, un quadrillage de routes et de garnisons militaires mettent fin à ces troubles dans un pays qui se tourne résolument vers la reconstruction et l’avenir. Les événements sporadiques (jusqu’à l’équipée de la Duchesse de Berry en 1832) ne rallumeront pas la guerre civile.

La Guerre de 1870 voit la participation de soldats et d’officiers vendéens. A la fin du 19ème siècle, le Pape Léon XIII invite les Français au Ralliement à la République. Et c’est surtout l’autre « Grande Guerre », celle de 1914- 1918, qui marque l’unité de la Nation : les Vendéens en masse servent et meurent sous les plis du drapeau tricolore. L’Eglise Catholique, après les Lois de séparation de 1905, retrouve une place apaisée dans le débat national. La lutte entre les deux France, celle de St. Louis et celle de la Révolution, entre dans l’Histoire. Une figure comme celle de Georges CLEMENCEAU représente bien ces courants : un Vendéen authentique né à MOUILLERON enterré au cœur du Bocage à MOUCHAMPS, un Républicain farouche, un anticlérical viscéral qui fondera pourtant l’Union Nationale des Combattants (U.N.C.) avec le Père BROTTIER sous la devise : « Unis comme au front ».

Aujourd’hui, c’est le temps de l’Histoire, et donc de la mémoire, toute la mémoire. Cela suppose une exigence de rigueur intellectuelle : et les historiens nous disent qu’il y a encore du travail pour Noirmoutier. Cela permet de savoir ce qui s’est passé, avec cette loi étonnante : « plus le temps s’éloigne, mieux on sait vraiment ce qui a eu lieu ». Cela permet de ne pas oublier les victimes, toutes les victimes, de cette tragédie française.

NOIRMOUTIER SOUS LA TERREUR : 1794

Noirmoutier s’est trouvée embarquée dans la Terreur, précisément à cause de son caractère insulaire. De tout temps, la position géographique de l’Île, à l’entrée de la Loire, en fait un site stratégique : depuis les invasions normandes jusqu’à la Guerre 39-45. Pendant les Guerres de Vendée (tout comme l’Île d’Yeu), elle pouvait constituer une main tendue aux Emigrés et une tête de pont pour un débarquement, ce qui aura lieu ensuite à QUIBERON. Pourtant, l’Île ne fait pas partie de l’aire géographique du soulèvement en 1793, même s’il y a eu répercussions, sans combat.

L’Île, qui avait une garnison républicaine, fut occupée en mars 1793 par les forces vendéennes. Le contrôle en est repris par les Républicains pendant l’été. Mais CHARETTE revient dans l’Île en octobre et y laisse une garnison vendéenne. C’est à la fin de 1793, au moment où l’insurrection vendéenne est écrasée dans le Marais au Nord de la Loire et où tout semble terminé, que se noue le drame. Paris et la Convention décident de reprendre l’Île à tout prix. Or les débris de l’armée vendéenne en déroute, avec des femmes et des enfants, se sont réfugiés à Noirmoutier, Île où ils croient trouver un refuge sûr.

Le blocus maritime de l’île est réalisé par des navires : elle est devenue une prison. Le général HAXO (avec le général JORDY) est mis à la tête de troupes de débarquement. Début janvier 1794, elles occupent et détruisent BARBÂTRE : la moitié de l’église et des maisons du bourg sont en ruines, les hommes - dont le maire - sont tués. En remontant vers NOIRMOUTIER et le Château, un accord est trouvé entre les soldats des deux camps pour une reddition sans combat, contre la promesse de la vie sauve.

Le 4 janvier 1794, le reste des troupes vendéennes déposent leurs armes sur la Place devant le Château et elles sont enfermées dans l’église Saint-Philbert. Les conditions de détention sont très mauvaises pour ces centaines de détenus. Mais, surtout, les Commissaires Politiques reviennent sur la parole donnée par les militaires et décident l’exécution de tous ces prisonniers. Ils sortent de l’église par la porte de l’actuel baptistère, par groupes de soixante. Ils sont conduits à travers le quartier voisin de BANZEAU sur la grève (au lieu-dit « La vache »), une sorte de dépotoir que les mouvements de la marée peinaient à tenir dans une certaine propreté. Dépouillés, ils sont fusillés et les corps sont sommairement ensevelis sur place. Combien de morts ? des centaines, certainement ! Le chiffre de plus d’un millier a été avancé.

C’est quelques jours plus tard que le Général d’ELBEE est arrêté. Il s’était réfugié dans l’Île pour soigner ses blessures, avec son épouse, fille du Gouverneur de l’Île avant la Révolution. Il sera fusillé, dans le fauteuil, sur la Place devant le Château, avec trois autres personnes : les corps seront jetés dans les douves du Château. Madame d’ELBEE, Madame JACOBSEN et d’autres femmes seront exécutées par la suite dans une vigne au lieu-dit « le cheminet » près de l’actuel presbytère et de l’Ecole St. Philbert.

Les semaines suivantes, la situation sanitaire n’est plus tenable, car les marées n’ont pas eu l’effet escompté : amoncellement de corps mal recouverts par la terre, décomposition, nuisances, risque de maladies. Les autorités communales prennent alors la décision de faire transporter ces restes humains pour les inhumer dans les dunes les plus proches : ce seront celles de la Clère. Des hommes sont payés pour ce travail qui durera plusieurs jours : il reste les traces de cette macabre comptabilité.

Pendant quelques mois encore, la Terreur continue à NOIRMOUTIER jusqu’après la chute de ROBESPIERRE (30 juillet 1794). Avec l’église toujours utilisée comme lieu de détention, le Château est transformé en prison pour toute la Vendée. Des prisonniers sont élargis, certains sont assignés à résidence en ville (dont la famille PELLETIER de SOULLANS, les parents de Sainte Marie-Euphrasie, fondatrice des Sœurs du Bon Pasteur), d’autres sont exécutés. Les dunes de la Clère restent le lieu d’inhumation de bien des victimes.

C’est là que sont conduites à pied, le 3 août 1794, depuis le bourg, une vingtaine de personnes, dont les filles du « Magnificat » : la dernière série des fusillées. Sur le chemin, la tradition rapporte que certaines chantaient ce cantique marial. Et, à l’une d’entre elles qui pleurait sur son sort, une compagne (Melle de RORTHAIS ?) aurait répondu : « Ne pleure pas ! Ce soir, nous dormirons en paradis ! ».

AUJOURD’HUI

1794-2014 : 220 ans ont passé. La paix civile est revenue, en particulier avec le Concordat de BONAPARTE en 1801. Paradoxalement, peu de gens – même dans l’Île – connaissent cette tragédie. Désormais, c’est l’Histoire. Le sang des cadavres a séché. Mais les ossements sont toujours dans le sol de l’Île. Nous pouvons mieux savoir ce qui s’est passé, ne pas oublier les victimes, toutes les victimes, et garder la leçon des ces terribles événements.

La Paroisse proposerait deux moments d’anniversaire et de commémoration en 2014 :

- Dimanche 5 janvier 2014, en fin de matinée, une plaque serait posée dans l’église St.-Philbert,

- Le matin du 15 août 2014, une marche referait le chemin du « Magnificat » jusqu’aux dunes de la Clère où la messe annuelle de l’Île serait célébrée en fin de matinée.

Dimanche 10 novembre 2013
Abbé Pierre CHATRY,
Curé de la Paroisse

Programme de la journée du dimanche 5 janvier 2014